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Jean-Marc Ela: L’Afrique souffre d’une crise du regard

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Une lecture de simon INOU

« Depuis la colonisation, la plupart des organismes de recherche Outre-mer ont été conçus au sud du Sahara en fonction des logiques propres d’une politique d’intervention élaborée par les pays du nord à partir de leur vision du développement et de leurs intérêts […]. Un exemple : Dans plusieurs pays africains, la recherche agricole se concentre sur les cultures d’exportation telles le coton, le café, l’arachide, le cacao ou le palmier à huile. Plutôt que de se concentrer sur la recherche au profit des populations locales »

Ce constat tragique du Professeur Jean-Marc Ela est souligné dans son dernier ouvrage intitulé Guide pédagogique de formation à la recherche pour le développement en Afrique. Destiné aux chercheurs du monde entier travaillant ou voulant travailler en Afrique, ce précieux opuscule pédagogique répond entre autres à plusieurs questions en matière de recherche appliquée ou fondamentale en Afrique : Comment procéder aux enquêtes de terrains en Afrique ? En quoi celles-ci sont différentes des enquêtes menées dans les pays du Nord ? Quelles sont les possibilités et les limites des théories et concepts élaborés ailleurs lorsque ceux-ci sont transposés sur le sol africain ? Mais surtout quelle place accorder par exemple aux « paysans dits ignorants » à « la mentalité rétrograde » ? en clair, quel crédit accorder aux points de vue des « gens d’en bas » ?

Dans ce qu’il appelle le « nouvel esprit scientifique » Jean-Marc Ela demande aux futurs chercheurs intéressés par l’Afrique de se libérer de « la « pensée unique » qui tend à enfermer des réalités complexes dans des schémas simplistes et réducteurs tout en cherchant à briser toute tentative de dissidence et d’alternative aux croyances libérales ».

Pour le sociologue camerounais, le développement ne passe pas seulement par les soutiens financiers gigantesques aux divers projets de développement qui pullulent sur le continent africain avec les résultats que nous savons tous. Le développement pour lui passe nécessairement par la recherche scientifique. Comme il l’affirme lui-même au début de son ouvrage, « aucun développement économique et social véritable n’est concevable sans un investissement dans la recherche ». L’Afrique, dans son plan de Lagos en 1980, avait déjà souligné cette importance. Ce que le NEPAD aujourd’hui veut sacrifier sur l’autel du néolibéralisme.

L’Afrique est un terrain d’accès difficile pour le chercheur pressé. C’est ainsi que ce dernier doit tenir compte de plusieurs types de problèmes, telles les contraintes climatiques et saisonnières, le contexte socio-politique, les mots et les choses, la perception que l’on a du chercheur, et enfin des relations avec son groupe d’appartenance. Le chercheur doit être en rupture totale avec les savoirs acquis ailleurs. Il est rare, souligne Jean-Marc Ela qu’un « certain africanisme (d’Afrique ou d’ailleurs) aborde ses thèmes d’étude avec le souci de s’affranchir des vieux cadres de réflexion et d’analyse ». Car insiste-t-il, « la crise de l’Afrique est d’abord la crise du regard que l’on porte sur ce continent, ses sociétés et ses cultures ». Sans commentaires.

Jean-Marc Ela depuis son exil canadien nous donne dans ce guide des armes intellectuelles nécessaires pour nous démarquer de la vision occidentale du développement. Nous devons, selon le professeur Ela constamment, questionner les fondements épistémologiques de la production des savoirs sur l’Afrique. C’est à ce prix que l’Afrique s’en sortira !

Publié sur le site africultures.com en janvier 2001

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